La note circulaire émise par la Haute Autorité de la Communication (HAC), interdisant l’accès des radios et télé-webs aux cérémonies officielles et manifestations publiques, continue de provoquer des remous dans le secteur médiatique guinéen. Le Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG) est monté au créneau ce lundi 1er juillet 2025 pour exprimer sa désapprobation et appeler à une concertation urgente.
Le SPPG « prend acte », mais conteste la méthode
Dans un communiqué publié ce matin, le SPPG dit « prendre acte » de la décision de la HAC, mais regrette profondément l’approche adoptée.
« Nous partageons le souci de la HAC d’assainir le secteur, mais l’interdiction ne saurait être une solution. Elle ne peut même pas être considérée comme une bonne option », a déclaré Sékou Jamal Pendessa, secrétaire général du SPPG.
Pour le syndicaliste, les télé-webs font désormais partie intégrante du paysage informationnel, et leur exclusion reviendrait à priver une partie importante de la population de son droit fondamental à l’information.
« Même le gouvernement a créé sa propre télé-web, Guinée-Gouv. Et la Direction de la Communication de la Présidence utilise Facebook pour retransmettre les cérémonies officielles. Cela montre que ces nouveaux médias sont incontournables. »
Le SPPG propose à la HAC d’ouvrir des discussions avec les animateurs des télé-webs, afin de trouver un cadre réglementaire adéquat. Il se dit prêt à faciliter ces échanges dans un esprit d’apaisement et de réforme.
« Ces médias ne sont peut-être pas bien pris en compte dans la législation actuelle, mais ils ne sont pas interdits non plus par la loi. C’est donc au législateur et aux régulateurs d’adapter les textes à la réalité, et non l’inverse », martèle Pendessa.
Autre point de tension : la mise en œuvre de la carte de presse professionnelle, désormais exigée pour exercer. Le SPPG dénonce un manque de préparation de la part de la HAC.
« À ce jour, une centaine de dossiers sont en attente. La commission n’a tenu sa première réunion de traitement que la semaine dernière. Si la mesure entre en vigueur aujourd’hui, ce sont des dizaines de journalistes qui seront exclus de l’exercice, non pas par faute personnelle, mais à cause du retard administratif », alerte le syndicat.
Il demande donc un report immédiat de la mesure, pour permettre un traitement équitable des demandes en cours.
Parmi les premières personnes concernées par cette décision, Mamoudou Karakan, gestionnaire d’une télé-web Karakan news, dénonce une forme de « ségrégation médiatique » contre les jeunes journalistes.

« Cette décision va à l’encontre des efforts que les jeunes fournissent pour s’auto-employer. Beaucoup de ceux qui animent les télé-webs sont d’anciens journalistes de radios fermées, qui refusent de rester inactifs », explique-t-il.
Il appelle lui aussi à un encadrement juridique plutôt qu’à une mise à l’écart, et insiste sur le rôle des télé-webs dans la diversité de l’information.
« On ne peut pas enfermer les citoyens dans un seul type de médias. Le pluralisme, c’est la liberté de choisir entre l’audiovisuel traditionnel, la presse écrite, les sites ou les télé-webs. »
Karakan rappelle enfin que le droit à l’information est garanti par la Constitution et les textes internationaux.
« Le droit ne s’acquiert pas, il s’arrache. Et nous allons nous organiser pour nous faire entendre. Ce combat, c’est pour la liberté, pour l’accès équitable à l’information, et pour la reconnaissance de notre travail. »
Barry Diop pour la 1ère Africa 625555818