Conakry, Guinée – Située en plein cœur de la capitale guinéenne, la décharge de Dar-es-salam déverse chaque jour son lot de nuisances sur les habitants du quartier et des zones environnantes. Mise en place dans les années 1980, elle n’a cessé de s’étendre au fil des décennies, devenant aujourd’hui l’un des foyers les plus préoccupants de pollution urbaine à Conakry.
Une fumée toxique, jour et nuit
La vie dans ce quartier populaire est rythmée par l’épaisse fumée noire qui s’échappe en permanence des déchets en combustion. "Le déchet ne nous dérange pas trop, c’est la fumée qui nous tue à petit feu", témoigne Moussa Soumah, un jeune homme du quartier. Comme lui, plus de 150 jeunes, femmes et enfants vivent de la récupération des ordures, sans aucune protection : ni gants, ni masques, ni bottes. Les risques pour la santé sont énormes, notamment les maladies respiratoires, cutanées, et même des infections chroniques.
Un moyen de survie pour certains

Malgré les dangers, la décharge reste une source de revenus pour beaucoup. Les récupérateurs trient plastique, métal et autres matériaux qu’ils revendent à des usines ou à des particuliers. "On peut gagner jusqu’à 400.000 GNF par jour. Certains jeunes ont même pu économiser pour tenter leur chance à l’étranger", confie Moussa. Mais à quel prix ? L’espérance de vie dans la zone est menacée par une exposition continue à la toxicité.
Une gestion défaillante et un potentiel gaspillé
Chaque jour, plus d’une vingtaine de camions déversent plusieurs tonnes de déchets à Dar-es-salam. Pourtant, seulement moins de 5% des déchets produits en Guinée sont recyclés. Un chiffre alarmant alors même que ces déchets pourraient devenir une richesse, une opportunité pour l’économie verte. "Il est temps que l’État envisage le déplacement de la décharge vers une zone mieux adaptée, avec la mise en place d’unités de transformation et de recyclage", propose un expert en gestion des déchets.
Un appel à l’action
Face à cette crise silencieuse, les autorités doivent agir. Déplacer la décharge, mettre en place des centres techniques de tri et de recyclage, sensibiliser les populations et intégrer les récupérateurs dans un circuit formel pourraient contribuer à transformer cette menace en opportunité. Le défi est grand, mais l’urgence est encore plus grande.
Quelques chiffres clés
Mise en place de la décharge : 1987
Camions/jour : plus de 20
Taux de recyclage en Guinée : < 5%
Jeunes récupérateurs à Dar-es-salam : +150
Ibrahima Diallo pour la 1ère Africa